Corée du Sud | SONG DO | Ville Ubiquitaire



ARTIFICIALITÉS FUTURES

SONGDO : 

VILLE INTELLIGENTE DU FUTUR OU CAUCHEMAR ORWELLIEN ?


Via: ECHORADAR
(Hors illustrations - Photos)
Septembre 2015


Comme Brasilia en son temps, la ville de Song Do en Corée du Sud est une création ex nihilo. Pour autant, les raisons et, à plus forte raison, les principes qui conduisent à son développement sont radicalement différents. Portée par le concept du « Zéro émission de carbone » (« Zéro CO² »), sa conception s’appuie fortement sur les systèmes d’information avec une prépondérance marquée pour les équipements et les objets connectés.

Peut-on dès lors considérer Song Do comme une ville-pilote qui viendrait dessiner l’avenir urbain des grandes métropoles du futur, écologiques, (ultra) connectées mais aussi plus intrusives, sans âme et renforçant un peu plus encore l’individualisation de ses habitants ?
 

Architecture Intelligente



" Comme les dieux du Mont Olympe, les managers de la cité scrutent une représentation miniature holographique de la ville et de ses habitants. Au lieu de nuages atmosphériques, leur aire est posée dans un nuage computationnel. Leur omniscience ne vient pas de la divinité mais d’un réseau massif de capteurs capables apparemment de tracer tout, les chutes de pluie, les embouteillages, même les mouvements des citoyens individuels. Par le contrôle à distance des infrastructures et l’expédition instantanée de transpondeurs, ils possèdent une omnipotence qu’aucun maire n’a jamais eu. Surtout, l’ordre est maintenu dans cette vision du futur ouvertement paternaliste."

Anthony Townsend *


Villes intelligentes et Normes de qualité :
Impacts sur les politiques publiques de sécurité

Rédacteur : chef d'escadron Jérôme LAGASSE
décembre 2014

Les espaces urbains concentrent 53% de la population mondiale. Ce chiffre devrait atteindre le seuil de 70% d'ici 2050. Pour mémoire, l'INSEE (1) définit la ville comme tout espace présentant une certaine continuité d'habitat, constituée soit d'une commune composée de plus de 2000 habitants, soit de deux ou plusieurs communes sur le territoire desquelles une zone agglomérée comprend plus de 2000 habitants. Les décideurs publics sont confrontés à des défis majeurs : la mobilité urbaine, la demande énergétique et la garantie de la sécurité des habitants. Tout naturellement, le développement de la ville intelligente va modifier de manière substantielle les politiques publiques de sécurité s'agissant aussi bien des systèmes d'information que du contrôle des flux. Parallèlement, ce développement va s'accompagner de la création d'indicateurs pertinents qui seront censés mesurer
les points de performance. Précurseur en la matière, la norme ISO 37120 : 2014 relative au

« Développement durable des collectivités -- Indicateurs pour les services urbains et la qualité de vie »

ITALIE | Urbanisme Sécuritaire





La revue italienne San Rocco, consacrée à l'architecture, publiait en décembre 2010, ces images contre les propositions du ministre de l'Intérieur de restreindre et de contrôler les accès des grandes places lors des manifestations ; grande idée suggérée à la suite des turbulentes manifestations étudiantesLe maire de Rome soutenait le projet, ainsi que nombre de personnalités politiques.

En illustrations ironiques San Rocco
reprend les dispositifs sécuritaires DASPO  [un acronyme pour Divieto di accedere alle Manifestazioni sportive] que l'on trouve aux abords des stades, ces barrières de sécurité équipées de tourniquets et autres dispositifs pour réglementer et hyper-contrôler leur accès. L'on songe aux propos du philosophe italien Giorgio Agamben qui écrivait après les émeutes survenues à Gênes en 2001 contre la grande réunion G8 :


" À Gênes, on a vu comment on peut élever des grilles et des portails, et transformer le tissu urbain vivant en un espace mort qui rappelle celui des villes pestiférées et des camps de concentration. " Voilà la ville, voilà le monde dans lequel nous allons vous faire vivre, dans lequel, même si vous ne vous en êtes pas encore rendus compte, vous vivez déjà " : c'est celui-là, le message qu'à Gênes, le pouvoir a lancé à l'humanité. C'est à l'humanité de l'entendre, ce message, c'est à nous de réussir à penser les réponses à lui apporter. Nous devons réagir à ce qui est peut-être, après le projet nazi d'un nouvel ordre mondial, le plan le plus invivable et fou qu'un pouvoir ait jamais imaginé pour ses sujets."
Giorgio Agamben
Genova e la peste [Gênes et la peste] 
Il Manifesto


GUERIN | FASCISME & GRAND CAPITAL



« Le pays ne sera sauvé que provisoirement par les seules frontières armées : il ne peut l'être définitivement que par la race française, et nous sommes pleinement d'accord avec Hitler pour proclamer qu'une politique n'atteint sa forme supérieure que si elle est raciale, car c'était aussi la pensée de Colbert et de Richelieu.»

Jean Giraudoux
Pleins pouvoirs | 1939

« D'autre part, le fascisme préfère susciter la foi plutôt que s'adresser à l'intelligence. Un parti soutenu par les subsides du grand capital et dont le but secret est de défendre les privilèges des possédants n'a pas intérêt à faire appel à l'intelligence de ses recrues... »

« Le fascisme n'hésite pas à séduire les masses au moyen d'une démagogie passe-partout. Il promet la lune à chaque catégorie sociale, sans se soucier d'accumuler les contradictions dans son programme.»

« Le fascisme, de quelque nom qu'on l'appelle, risque de demeurer l'arme de réserve du capitalisme dépérissant.»

Daniel Guérin
Fascisme et grand capital
1936, complété en 1945

L'ouvrage Fascisme et Grand Capitalde Daniel Guérin, est le récit de la montée du fascisme en Europe, le fruit pourri d'une crise économique longue et destructrice, et l'expression de la décadence de l'économie capitaliste ; il n'est pas le produit du grand capital en tant que tel, mais il le devient à partir du moment où son hégémonie sur les masses - sincèrement convaincues ou réprimées et rendues muettes par la force - prend de l'amplitude. 

La percée des partis politiques nationalistes en ce début de 21e siècle se différencie ainsi de leurs ancêtres : pas de milices armées agissant en toute impunité, pas de programme politique radical appelant à une révolution totale, c'est-à-dire, utopique {1}, ni d'homme providentiel capable de soulever, réveiller l'enthousiasme d'immenses foules et guider leurs instincts les plus pervers, dont guerrier et xénophobe. En France, nul ne pouvait prétendre incarner cet homme providentiel - l'on tenta sans succès de faire accéder à ce statut de demi-dieu Léon Blum, puis Pétain.


BRUXELLES | SECOURS ROUGE


Le Secours Rouge de Belgique 
organise une exposition retraçant l'histoire du 
Secours Rouge International 
à Bruxelles 
du samedi 12 au mardi 15 décembre 2015.
Le programme des festivités


A l'orée d'un post-fascisme européen renaissant de ses cendres - et pas uniquement en France -, dont les philosophes - d'hier et d'aujourd'hui - nous disent qu'il est aussi LE produit d'un capitalisme mondialisé prédateur, à l'heure où certains états se dotent de lois liberticides - et ce bien avant et sous couvert de l’avènement de cet autre fascisme que représente le djihadisme -, la Résistance citoyenne contre ses dérives totalitaires politiques doit s'organiser, plus que jamais.  Cette exposition à propos des Secours Rouge est ainsi plus que bienvenue.

GARNIER | ESPACE INDÉFENDABLE




Jonathan Olley
Irlande
1999

Jean-Pierre Garnier

UN ESPACE INDÉFENDABLE

L’aménagement urbain à l’heure sécuritaire



“ La forme suit la frousse et vice-versa ”
Nan Ellin

L’image de la ville, “refuge des libertés ” et “havre de paix ”, image encore proposée par des auteurs complaisants qui refusent de considérer ces désordres et ces drames de la guerre civile, est sans doute l’une des plus flagrantes impostures de l’histoire de nos sociétés d’Occident.” En faisant la part des choses, cette appréciation de l’historien Jacques Heers, en conclusion de sa magistrale étude sur la ville médiévale (Heers J, 1990), semble pouvoir être transposée aux discours, doctes ou communs, que l’on entend ici et là aujourd’hui, célébrant ce “ lieu par excellence du vivre-ensemble ” que serait la “ ville de l’âge démocratique ”, alors qu’une guerre sociale rampante est en train d’en démentir l’avènement.

Europe | Urbanisme Sécuritaire



« La restriction de liberté découlant du manque de sécurité 
altère grandement la qualité de vie 
et pèse lourdement sur tous les citoyens. »


Ce catalogue présente les recommandations du projet européen Safepolis dont l'objectif est « d'orienter le travail des urbanistes et des responsables de projet urbains pour les aider à prendre en compte la sécurité des usagers tout au long de leurs réflexions. Il ne s’agit pas pour autant de formuler des recommandations normatives de formes urbaines, mais plutôt d'aider à comprendre en quoi les formes urbaines qui seront choisies dans un projet auront un impact, positif ou négatif, sur la sécurité. L’objectif de cet ouvrage est donc de présenter des principes d’urbanisme, de conception des espaces et de modes de gestion des espaces favorables à la sécurité. (...) Il se présente comme un document explicatif de l’Annexe D du rapport technique ''Prévention de la malveillance par l’urbanisme '' réalisé par le Comité européen de normalisation en 2007.» {1} Et, « Enfin et surtout, il faut une acculturation entre les acteurs de la production urbaine et le milieu professionnel de la sécurité. C’est tout le mérite de cette démarche européenne qui s'efforce, au delà des références culturelles nationales, d’améliorer la réflexion et la connaissance sur le lien entre l'urbanisme et la sécurité urbaine.»  

C'est-à-dire le Lien entre urbanisme et politique, tel qu'Henri Lefebvre, bien longtemps après F. Engels - « il est beaucoup plus facile d’incriminer la ville, où l’immobilité générale où les forces du mal que de porter l’attaque sur son véritable plan, la politique » -, le rappelait dans les années 1960 : 

« Je répète donc qu’il y a politique de l’espace, 
parce que l’espace est politique.» 

Stigmatisation et nécessaire Pacification Sécurisation des quartiers sociaux où résident les "classes dangereuses", Accusation de l'architecture et l'urbanisme "criminogène", et Evacuation pure et simple des dimensions sociales et économiques, vieilles ruses du Capitalisme pour justifier les politiques de la ville ainsi analysées par Jean-Pierre GARNIER : 
« ... faute de projet alternatif de société, la gestion territoriale de la marginalisation de masse, mise en œuvre en France sous l’appellation de “politique de la ville”, tend de plus en plus à se confondre avec la police de la ville, dans l’acception large du terme. (Rancière J, 1995» ; dans un texte disponible ici : Espace Indéfendable.



FRANCE | [Magnifique] VIEILLE VALETTE



La Vieille Valette

Ce village jadis abandonné, puis squatté - puis toléré - depuis 25 années est peut-être, sans doute même, la plus ancienne des "alternatives habitées" de France, la plus illustre car n'ayant pas perdue son âme libertaire, dans le sens large du terme, et son esprit communautaire, et, pour ne rien gâcher à l'histoire, la plus belle par ses demeures restaurées pas tout à fait à l'identique : sculptures et bas-reliefs, ferronneries artistiques soulignent l'originalité du lieu, et de leurs résidents permanents, qui se succèdent et laissent leurs demeures libres : pas de propriétaires ici !   Une pléiade d' "équipements communs" répondent aux habitations rebâties magnifiquement dont une grande scène extérieure, médiathèque, cuisine et cantine, salon, chambre d'hôtes, piscine, etc. L'autonomie recherchée est pratiquement faite : potagers, poulaillers, captage d'eau de source, et panneaux solaires assurent les besoins des résidents économes.


Alors la communauté de la Vieille Valette a-t-elle réussie là où tant d'autres, depuis plus d'un siècle, ont échoué ? Assurément oui, même si l'on reconnaît que la vie en communauté est un exercice quotidien difficile à gérer. 






NOTRE DAMES DES LANDES



Architecte Jacques Ferrier




Contre le projet du second aéroport (!) de Nantes, les arguments, les preuves accumulés par ses opposants interrogent les plus fervents partisans du bien commun, de sa nécessité, du bien-fondé de son utilité publique économique ; leurs conclusions mettent en grand défaut la pertinence des propos des politiciens favorables au projet, soulignent les erreurs, omissions, occultations et autres fantaisies des études prévisionnelles faites à la fois par les techno-ingénieurs de l'Etat et plus encore de la multinationale Vinci. Grossièrement, selon leur propre contre-expertise confiée à un société "neutre" et reconnue internationalement, le second aéroport de Nantes serait un gouffre financier - payé par les contribuables de France - dont les bénéfices attendus - la contre-étude démontre que cet aéroport serait en déficit structurel, donc à nouveau à la charge des contribuables - profiteraient à une société privée. Sans doute, la vérité doit se situer dans l'entre deux. Mais procéder de la sorte, en ces temps de contre-information, est la première erreur stratégique du couple Etat-Vinci, qui en fait, les accumulent, dont notamment le temps et l'espace "offerts" aux opposants.




Che GUEVARA | Arquitectura Socialista



Ernesto Che GUEVARA

Discurso del en la Clausura del Encuentro Internacional
de Profesores y Estudiantes de arquitectura.

La Habana | 29 de septiembre de 1963


Compãneros estudiantes y profesores de arquitectura del mundo entero : Me toca hacer el resumen -como se llama en Cuba-, o cerrar con unas palabras este Encuentro Internacional de Estudiantes.

Tengo que hacer una conclusión muy penosa para mi, como primera medida:
confesar una ignorancia atroz sobre estos problemas, ignorancia que llega al extremo de no saber que el Encuentro Internacional de Estudiantes que se celebró era apolítico. Yo creía que era un encuentro de estudiantes, y no sabia que era un organismo dependiente de la Unión Internacional de Arquitectos.

Por lo tanto, como político -es decir, como estudiantes que participan en la vida activa del país y además después de leer las conclusiones, se demuestra que la ignorancia era colectiva porque las conclusiones son muy políticas también...

GRUISSAN PLAGE







Les "chalets" de Gruissan-Plage rendus célèbres par le film 37,2 ° le matin forment un ensemble urbano-architectural unique en France : par la beauté du site, l'étendue et le nombre de baraques, près de 2000, et, surtout, par la tolérance ou complaisance architecturale que l'administration accorde volontiers aux habitants, les "chatelains". Trop certainement.

Car trente années après 37,2°, le charme splendide de Gruissan-Plage est rompu, les chalets d'antan se sont modernisés pour leur plus grande majorité, et plus grave, pour nombre d'entre eux, les rez-de-chaussées ont été clos : on peut ainsi juger que ce n'est plus qu'un vaste zoo architectural placé sous l'égide du sam'suffit, du mauvais goût, ou au contraire, s'émouvoir de l'imagination des chatelains pour améliorer l'habitabilité et apprécier le décorum de leurs demeures, l'architecture populaire, ou "sans architecte". Une chose est certaine : l'excentricité n'est pas de mise ici, pas de baraques peintes en rose bonbon ou de formes architecturales "alternatives" : les belles villas luxueuses, les chalets reconstruits sans âme assurent une normalité, une banalité navrante contrevenant avec le genuis loci, le génie du lieu, et son histoire peu communs. 

Mais ce même charme, certes très endommagé, résiste encore car une règle interdit aux habitants de clôturer leur propriété - et en principe les dessous des pilotis - et de s'approprier l'espace autour de leur maisonnée : outre les zones de chalets situés sur les grandes rues extérieures périphériques, aucune barrière, clôtures, haies, etc., ne vient morceler l'espace, ou enfermer la propriété, cas ou typo-morphologie urbaine rare en France, renforcée, encore pour un temps, par les pilotis des chalets. En somme, c'est une zone pavillonnaire mais sans jardins clos où il est possible d'errer entre les constructions de toute sorte et de toute époque ; librement ! L'expérience est stimulante, au-delà des garden cities anglaises, des mobil homes town des USA.



Abraham Guillén | Guérilla Urbaine


Justement en 1965, quand j'ai publié « Stratégie de guérilla urbaine », les « Tupamaros » ont vu une lumière, puisque je disais que les « forêts de ciment sont plus sûres que les forêts d'arbres ». Et que les villes ont plus de ressources logistiques que la campagne. Et comme notre civilisation est capitaliste et qu'elle concentre le capital et les populations dans les villes à un rythme accéléré, dans des pays comme l'Uruguay avec plus de 80 % de population urbaine, il était absurde d'aller faire la guerre révolutionnaire à la campagne, où il y a plus de vaches et de moutons que de population rurale.

Abraham Guillén, anarchiste révolutionnaire inconnu en France, a été l'un des premiers théoriciens post guerre mondiale de la guérilla urbaine ; en 1965 est édité Stratégie de la guérilla urbaine qui inspira le révolutionnaire brésilien Carlos Marighela – Manuel de la guérilla urbaine paru en 1969 - et les Tupamaros en Uruguay – Nous les Tupamaros brochure éditée en 1971. Suivent ensuite, La guérilla urbaine et les Tupamaros (1972), The philosophy of the urban guerrilla (1973), La epopeya de la defensa de Madrid : combates homéricos de un pueblo invicto en 1975, Revalorización de la guerrilla urbana (1977), El error militar de las izquierdas. Análisis estratégico de la guerra civil española 1936-1939 (1980), et enfin, Stadt-guerrila in Lateinamerika paru en 1984. 

Habile théoricien, brillant économiste diplômé en Sciences Économiques, Abraham Guillén, né en Espagne en 1913, fut aussi un guérillero. Il s'engage dans la guerre civile d'Espagne dans les rangs anarchistes de la XIVème Division de l’armée républicaine, emmenée par l’anarchiste Cipriano Mera ; il est capturé par les franquistes en 1939, mais, exploit, s’évade en 1942 et intègre le Comité national clandestin de la CNT ; à nouveau capturé en 1943, il s’évade et gagne la France en 1944, puis l'Argentine en 1948 ; il s'engage alors dans le groupe révolutionnaire Uturunco, pratiquant la guérilla rurale et urbaine dans le Nord de l'Argentine entre 1959 et 1960. Capturé, emprisonné, puis libéré, on le retrouve en 1961 à Cuba en instructeur militaire, puis il se rend en Uruguay rendre visite aux Tupamaros, comme il fut le conseiller militaire d'autres groupes révolutionnaires d'Amérique du Sud. Il renonça à la lutte armée et aida plusieurs expériences sociales libertaires, notamment au Pérou durant la dictature de gauche du président Velasco,  puis plus tard en Espagne, avec le syndicat CNT et la Fondation libertaire Anselmo Lorenzo, sans renoncer à son poste d'expert international de l’Organisation Internationale du Travail. 

Carlos MARIGHELLA | Manuel de GUERILLA URBAINE


Carlos MARIGHELLA

Ação Libertadora Nacional



En 1964, au Brésil, un coup d'Etat militaire instaure une dictature. Carlos Marighella, né en 1911 est un politicien, alors membre officiel du parti communiste brésilien. Il se rapproche des théories de Fidel Castro et de Che Guevara, est attentif aux mouvements révolutionnaires en Uruguay et en Argentine, ainsi que du Front populaire de libération de la Palestine, ce qui lui vaut, en 1967, d'être expulsé du parti qui oeuvrait pour la paix sociale et une légitimisation parlementaire. Comme dans la plupart des pays du monde, un grand nombre de jeunes étudiants, convaincus de la nécessité d'une lutte armée et contre l'immobilisme du parti communiste vont rejoindre les rangs des organisations politiques de la Gauche extraparlementaire et des groupes révolutionnaires armés. Carlos Marighella fonde ainsi en 1968 l'ALN, Ação Libertadora Nacional, (Action de Libération Nationale) en recrutant notamment dans les milieux universitaires. L'ALN deviendra une des principales forces révolutionnaires du pays, avec la VPR (Vanguarda Popular Revolucionaria) et le MR-8 (Movimento Revolucionario 8 de Outubro). Les premières actions de guérilla urbaine furent ainsi lancées ( hold-up de banques, contrôle d'une station de radio et diffusion de son manifeste-, attaque des postes de police, dynamitage de casernes de l'armée, etc.). Ses actions les plus spectaculaires sont les enlèvements de diplomates étrangers, dont notamment l'ambassadeur américain. Le gouvernement adopte des mesures répressives (rétablissement de la peine de mort, exil d'opposants politiques, censure des journaux, nouvelle Constitution amendée pour procéder à des arrestations en cas de menace à la sécurité nationale, etc). La Central Intelligence Agency (CIA) collaborera en infiltrant les mouvements de guérilla. Marighella fut finalement tué dans une embuscade policière en novembre 1969. 8000 personnes seront arrêtées, et les escadrons de la mort, formés au sein des forces policières, feront environ 1000 morts. La guérilla sera écrasée dès la fin de 1971.

Manuel Legarda | PEROU | CHRONIQUES DE LA VRAE



Manuel Legarda 
PEROU | CHRONIQUES DE LA VRAE  (Vallée des fleuves Apurímac et Ene)
Février 2015

Je me souviens de mon voyage dans la région de la VRAE des années auparavant, depuis Puerto Ocopa jusqu’à Puerto Cocos, à travers le fleuve Ene. Nous travaillions alors sur un projet de documentaire sur les campagnes de stérilisations forcées effectuées au Pérou. J’avais été très impressionné par la militarisation de la région, les nombreuses bases militaires et les contrôles que nous avions subis tout au long du voyage qui avait duré deux jours. Nous arrivions dans les villages dans la pénombre de la tombée du jour pour repartir avec les premiers rayons du soleil. Dans certains d’entre eux, un générateur électrique faisait parfois fonctionner un téléviseur autour duquel s’agglutinaient les enfants mais, en général, nous n’entendions que les concerts nocturnes de la faune infinie de la région. Je me demandais contre qui combattaient tous ces militaires. C’était en 2007 et à la capitale on parlait de l’existence de « derniers foyers subversifs ». La plupart des gens que je connaissais à Lima me disaient qu’il s’agissait d’ « actions très isolées des derniers narcoterroristes ».

WORLD PRESS 2015 PHOTO CONTEST




Mads Nissen | Istanbul Protest
Une jeune manifestante blessée par la police après l'enterrement de Berkin Elvan, jeune garçon de 15 ans mort suite des blessures faites par la même police lors d'une manifesttion anti-gouvernement.

Yongzhi Chu | Monkey Training
Un dresseur de singe pour un cirque à Suzhou, province d'Anhui, Chine.



20e Rapport | Fondation Abbé Pierre



Le 20e rapport 2015 sur le mal-logement en France de la Fondation Abbé-Pierre (FAP) se lit comme un livre de science-fiction, l'oeuvre d'un brillant auteur mettant en scène un monde politique ayant pour mission, pour idéal même, la marginalisation pure et simple des indigents, mise à l'écart confortée par les troubles pathologiques d'une population amorphe, ceci expliquant cela ; ce n'est hélas pas de la science-fiction mais bien la description d'une réalité soumise aux lois du profit, vécues, selon la FAP, quotidiennement par 3,5 millions de personnes [1]. 

Ce rapport 2015 navigue, comme les précédents, entre amabilités accordées au(x) gouvernement(s) et critiques acerbes, mais celui-ci, cette année, est un véritable camouflet pour la présidence socialiste de François Hollande ; les bonnes résolutions du Plan quinquennal de lutte contre la pauvreté, sont ainsi critiquées pas les associations d'aides aux plus démunis :
« Depuis son adoption, alors que la situation des personnes touchées par la pauvreté s’aggrave, il semble que ce soit la temporisation et l’inertie qui dominent (''La lutte contre la pauvreté n’avance guère'', ''l’intensité de la pauvreté s’accroît'', ''les choses traînent'', ''le plan n’endigue pas la pauvreté'', ''les plus fragiles ne sont pas au cœur de l’action gouvernementale.'') » ; 


URBANISME-S DE GUERRE | Vietnam

EDITION au FORMAT PDF
consultable et téléchargeable ICI
(Via Google DOC)


Tout l'enjeu des guerres du Vietnam fut le contrôle des populations rurales, de disputer à l’ennemi la confiance et l’estime des paysans, puis leur adhésion, leur soumission à un programme idéologique. Une guerre politique de « contrôle des corps », condition préalable au « contrôle des âmes », et selon le stratège Charles Lacheroy cette guerre a pour principal objectif le contrôle de « l’arrière » [1], c’est-à-dire de la population : « le problème numéro un, c’est celui de la prise en main de ces populations qui servent de support à cette guerre et au milieu desquelles elle se passe. Celui qui les prend ou qui les tient a déjà gagné. » Le Peuple plutôt que le territoire est à conquérir.

Afin d'y parvenir, le président dictateur du Sud Vietnam Ngô Đình Diệm décida d'une grande réforme rurale, dans le cadre plus large de sa révolution totale, imposant aux villageois des hameaux et villages isolés, un déplacement regroupement dans des Agrovilles, Agro-hameaux et Hameaux stratégiques fortifiés, remparts contre la propagande communiste. Entre 1957 et 1963, près de sept millions de paysans – près de la moitié de la population totale - ont été forcé d'abandonner leurs maisons et rizières pour rejoindre des « Centres de prospérité » les suspects étaient condamnés aux « Centres de ré-éducation ».


GODIN | Architecture Unitaire

  

Il ne s'agissait plus de trouver le remède

aux abus et aux erreurs de ce monde ;

il s'agissait de conserver au Peuple la patience

de la Pauvreté.

André Godin | 1870



En 1880, l'industriel multimillionnaire Jean-Baptiste André GODIN lègue son empire, soit le capital, ses deux complexes Manufactures-Cités, les Familistères – de Guise en France et de Bruxelles -, leurs dépendances et les usines, puis sa fortune personnelle en héritage, à l'Association, une coopérative propriété des salariés. Un héritage historique, le seul à ce jour en France, fait par un industriel socialiste disposant d'une fortune considérable [1]. Critiqué par les marxistes, socialistes radicaux et anarchistes, son empire industriel ne représente pas moins un contre-modèle de l’entreprise capitaliste ; une société nouvelle, imparfaite qui a été dénaturée par la caste des coopérateurs privilégiés, l'aristocratie ouvrière, qui plutôt de prolonger et améliorer l'oeuvre sociale, préféra protéger ses acquis sociaux au détriment des Autres.


Dans cet affrontement, le Familistère occupe un rôle prépondérant. Car la part du capital que chaque salarié reçoit, annuellement, est calculée selon plusieurs critères, en fonction du mérite, de l'ancienneté, du poste occupé, etc., et pour les catégories les mieux avantagées, dont les « Associés », une des conditions imposées par Godin est d'habiter le Familistère depuis au moins cinq années. 

 

Hommages







Pierre Desproges


S’il est vrai que l’humour est la politesse du désespoir, 
s’il est vrai que le rire, sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, 
s’il est vrai que ce rire-là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout
De la guerre, de la misère et de la mort. 
Au reste, est-ce qu’elle se gêne, elle, la mort, pour se rire de nous ? Est-ce qu’elle ne pratique pas l’humour noir, elle, la mort ? 


A NOS LECTRICES [et LECTEURS]


Très chères Lectrices 

Force est de constater que par un curieux phénomène, plus le nombre de nos lecteurs augmente d'année en année, plus la recette des dons diminue. 

Mais un autre étrange phénomène nous surprend également, plus encore que le précédent : pas une seule donatrice, cette année comme toutes les précédentes... depuis déjà 2011 ! Pourtant nos très chères lectrices existent : à part égale pour les courriels reçus, 40 sont membres abonnées pour 70 abonnés. Alors ? Sont-elles moins fortunées ou plus radines :), moins concernées ou peu convaincues par nos propos, réservent-elles leurs dons à d'autres que Nous ?  Mystère !

Quoiqu'il en soit. 

Lectrices ou Lecteursnos factures impayées forment à présent une pile atteignant bientôt le plafond, qui est haut, et l'année 2015, sans vos dons, risque au pire de nous être fatale, au mieux d'empêcher notre travail de recherches et d'écriture, comme l'année écoulée. Car tout ce qui a été fait depuis 2011, l'a été grâce à nos seuls... donateurs.

Léa
L.U.I.



あけましておめでとう




JE HAIS LE NOUVEL AN 
ANTONIO GRAMSCI


Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. 

On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante.Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant.



Antonio Gramsci
1er janvier 1916 
L’Avanti!, édition de Turin,
rubrique « Sotto la Mole »

Bonne Année !